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La littérature française
Un Sac de billes de Joseph
Joffo
L'un de mes premiers souvenirs marquants de lecture c'est
Un sac de billes par Joseph JOFFO : cette incroyable histoire
d'enfants juifs qui échappent à la déportation. Ce livre m'a littéralement
fasciné et je le relis régulièrement. Cette histoire parlait à ma
différence et c'était l'histoire de deux frères, comme mon frère et moi.
Dans ma tête j'ai souvent cette citation que fait Joseph, de Pétain "Je
tiens toujours mes promesses même celle des autres" (si j'ai bonne mémoire).
Et Joseph se demande à qui Pétain a bien pu promettre de lui faire porter
une étoile jaune. C'est un roman drôle malgré l'énormité de ce qui se joue ;
la survie. Malgré l'Histoire. Mais attention ce n'est pas le roman
fantaisiste et plein d'espoir de deux gosses qui sont passés au travers des
mailles de la Shoah; c'est bien plutôt celui du lourd tribut payé par
l'enfance à la barbarie nazie et la douleur du retour avec le poids de
la mort des autres et de leur absence. J'ai ensuite lu Baby-foot que
j'ai adoré et d'autres romans dont je ne me souviens pas forcément le nom là
tout de suite.
L'étranger. Les
Justes de Albert CAMUS
Une lecture qui m'a marqué aussi tout en me laissant un sentiment
bizarre c'est L'étranger.
Je l'avais lu en 4ème parce qu'un copain m'avait dit que "Killing an arab"
de The Cure ça venait de ça. Je n'ai pas tout compris mais ça m'a laissé un
sentiment assez fort. L'étranger
parle de la colonisation et je ne le comprenais pas encore. J'étais trop
jeune. Mais ça parle de l'Autre et des autres et ça je crois que je m'en
étais rendu compte. D'ailleurs la présence de Camus ici et non dans le monde
colonisé pose question.
J'ai été aussi fasciné par Les Justes
quelques années plus tard. Cette pièce de théâtre questionne l'usage de la
violence quand on veut faire changer les choses et ça m'avait vraiment
interpellé, même si j'ai toujours pas répondu à cette question. Je réalise
que Camus est ici et qu'il pourrait être ailleurs, en littérature du
Maghreb. Ceci n'est pas un choix politique, ou en tous cas pas conscient..
La Vie devant soi ; Chien blanc. de Romain GARY
Malgré des remarques, des positions que je trouve parfois bien exaspérantes
Romain Gary a un côté touchant et drôle.
Chez Zola Le roman qui m'a
le plus touché c'est L'Oeuvre. Mais en général ils me plaisaient
tous, j'aimais le côté systématique et inventaire du réel, d'une époque. Et
tant pis si plus tard dans mes études on m'a dit que Zola c'était pas
terrible. J'ai bien apprécié des romans de Guy des Cars , alors...
Mort à crédit. Voyage au bout de la nuit de
Louis-Ferdinand Céline
J'ai lu Louis-Ferdinand Céline la première fois dans le
classique
Voyage au bout de la nuit. Ensuite j'ai lu d'autres trucs dont
notamment Mort à crédit. Son écriture et sa langue m'ont fasciné. Il
en émane une sacrée énergie. Et puis il possède vraiment un art de la
narration. Après, ses haines et son histoire sont lamentables. Est-ce que
l'on peut détacher l'artiste de l'oeuvre , ou l'inverse ? Pas vraiment... On
sent de tout façon dans ses écrits une haine globale pour l'humanité. En
même temps, comment expliquer alors son implication dans Vichy et son
antisémitisme féroce ? Pour le coup ça fait plus très global
comme haine mais particulièrement bien centrée. Ca n'enlève rien à son
talent même si son talent n'excuse rien du tout.
Le dernier des justes d'André Schwartz-Bart
J'ai découvert cet homme par sa femme ,Simone, qui est d'origine
guadeloupéenne (voir littérature des caraïbes). Il a écrit avec elle Un plat de porc aux bananes
vertes. Bref, que dire à part que dans mon coeur Le dernier des
justes dispute la première place à Un sac de billes et que pour
l'instant c'est égalité même si je sais que Le dernier des justes est d'une
plus grande ampleur et profondeur. Ces deux oeuvres m'ont construit. André
Schwartz-bart est mort il y a peu alors qu'il vivait en Guadeloupe; c'est
sans doute l'une des rares personnes au monde dont l'oeuvre m'a donné envie
de rencontrer le créateur, moi qui ne suis pas du tout dans le culte de la
personne. Mais rarement une oeuvre m'aura autant parlé. J'ai vu avec émotion
des images d'André Schwartz-bart l'autodidacte qui explique sa déception
quand il a découvert le monde étudiant après l'usine ; comment ce monde lui
a semblé creux et dépourvu d'empathie. Bien sur cette clairvoyance n'a fiat
que renforcer mon atachemnt pour l'homme... Voici quelques lignes d'un livre
que je vous conseille donc :
"Mardochée se baissa, ramassa la barre de fer lâchée par Ernie et d'un pas lent mais étonnamment souple gagna la porte d'angoisse.
Son cou était droit, il semblait grandi, ses épaules roulaient avec
légèreté, et quand il se retourna vers le groupe tassé et gémissant dans
l'ombre, Ernie remarqua que ses dents entièrement découvertes par un rictus
luisaient d'un éclat argenté tandis qu'une sorte de rire âcre s'en écoulait
de façon ininterrompue, entremêlé aux propos quasi déments qu'il
tenait : "Depuis mille ans, hé, tous les jours les chrétiens essaient
de nous tuer, hé, hé! et tous les jours nous essayons de vivre, hé, hé,
hé!... et tous les jours nous y arrivons, mes agneaux. Savez-vous pourquoi?"
Soudain dressé contre
la porte, la masse de fer tendue au fond et phylactères et bandeaux et
châles de prière chutant dans son emportement :
- Parce que nous ne rendons jamais les
livres, s'écria-t-il avec une force effrayante, jamais, jamais,
jamais!
"...Nous préférons rendre l'âme", ajouta-t-il
cependant que la barre de fer propulsée telle une hache crevait la porte en
un fracas étourdissant." Nous vous rendrons l'âme", hé, hé, acheva-t-il de
ce même accent délirant où la violence le disputait à une note
incompréhensible de désespoir."
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